Ici reposent mes lieux, mes corps, mes foyers, mes fantasmes, ma candeur passée, et celle à venir, les versions que j’ai quittées, celles que je n’ai pas encore incarnées. Ces intimités que j’ai habitées.
Ici reposent les carcasses de celles que j’ai laissées, abîmées, détruites, deuillées. Ici reposent mes mortes.
Des contours qui nous contiennent et contraints. Pour ma part, j’ai toujours débordé, dégouliné, profané. Mais j’ai aussi décoré, agencé, bricolé, et aimé. Placé avec soin chaque ridule, chaque bijou. J’ai noté tous les parfums, relevé tous les trésors à ma porte.
Je les ai tant détestées, fugué et rejetée. Elles m’ont souvent malmenée, peu comprises.

Quand j’y crèche, j’y performe. Toujours grandiose. Et j’y étouffe. Je déborde. Je transpire des murs, de tous mes pores, tout mon périmètre.

Je pousse les murs, je cherche un retour, un détour. C’est elles que je coule. Et je danserai sur vos tombes. Je célébrerai vos mémoires. De vos restes, vous pouvez redevenir créatures, celles qui restent encore à être créées. De vos restes demeurera la part en nous qui partage une communauté de destin avec l'ensemble des autres créatures.
Les rideaux, les lampes, les doudous, les copain.es, l’eau de ton bain.

Nous sommes toutes en train de tomber.