Dans mes tiroirs, des chaussettes, des culottes, de jolies jupes, et beaucoup d'autres tiroirs. Des tiroirs à tiroirs. Dans ces tiroirs des souvenirs, de faux souvenirs surtout. Des qui m'appartiennent pas. Des trucs qui brillent, et des collections d'images. Des gifs Blingee, des technomiettes, beaucoup de technostalgie, surtout des stratégies pour les entretenirs. Entretenir tout ces jolis tiroirs. Joliment figé. Parfois malmenés. Un tiroir à retourner, pour voir de quoi il retourne. Y goûter les retours qu'il engage. Y piocher mon carrosse affectif pour la journée. Faire du découpage, un montage temporel. Un remodelage spatiomémoriel. Un endroit à moi, mais pas que. Les miettes dans les recoins nourrisent le monstre sous mon lit.
Nostalgie aigre-douce. Elle habite le tissu du quotidien. Sentiment fantôme, puis parfois aigüe. Du grec nostos (retour) et algos (douleur). Elle est polymorphe, se costume et nous guette sous différentes apparences. Elle se prête à différentes lectures, au point de devenir selon le contexte et les yeux sous lesquels elle s’énonce et s’éprouve, méconnaissable. Tour à tour maladie, symptôme, remède. Elle profite de l’indécidabilité qui l’habite pour en tester l’élasticité. Il faudrait, comme le notaient Katharina Niemeyer, Emmanuelle Fantin et Sébastien Févry, parler d’une pluralité de dispositifs nostalgiques, déclinés eux-mêmes en fonction des contextes géographiques, culturels, idéologiques et disciplinaires dans lesquels ils surviennent.
Elle en floute ses contours en assurent l’intelligibilité et le transport affectif. L’intermédialité nous invite à penser la nostalgie à travers plusieurs temporalités et espaces, afin d’en déplier les lieux communs, les survivances culturelles, les montages temporels, les remodelages mémoriels.
Ici, de mes quelques collections et archives personnelles, mais aussi dans les tréfonds du magique world wide web, je m’articule des deuils, des mémoriaux, tente de comprendre le rôle de la maison, mes relations passionnelles avec la mélancolie, le désir, mes affects aux matérialités, mais aussi leur dimension magique. J’observe la manifestation théâtrale et performative du souvenirs, de vocabulaires. L’étalage presque impudique de mon intimité, mais aussitôt noyée dans le grand bain de l’intimité collective.
Nostalgiser est devenu une action sensible, tactile, mémorielle, affective et collective. Nostalgiser, c’est éprouver la sensation douce-amère d’un contact avec le passé (le nôtre, enfoui dans notre mémoire, mais aussi celui que nous n’avons pas connu), de façon volontaire ou involontaire, d’y retourner, de le laisser nous retourner.